Femme accompagnant sa mère âgée dans ses démarches d'évaluation de l'autonomie
Publié le 3 avril 2026

Votre mère oublie ses médicaments. Votre père a chuté deux fois ce mois-ci. La question tombe, brutale : « Est-ce qu’il faut demander de l’aide ? » Derrière cette angoisse familiale se cache un système d’évaluation précis, la grille AGGIR, qui détermine si votre proche peut bénéficier d’une allocation. Selon les données 2024 de la DREES, 1,5 million de personnes âgées bénéficient de ces aides en France. Comprendre comment fonctionne cette évaluation, c’est reprendre le contrôle sur une situation qui vous échappe.

L’évaluation de l’autonomie en 30 secondes

  • La grille AGGIR mesure l’autonomie selon 10 critères discriminants
  • Le résultat donne un GIR de 1 (dépendance totale) à 6 (autonomie)
  • Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA
  • L’évaluation se fait à domicile par l’équipe médico-sociale du département
  • Une réévaluation peut être demandée si l’état de santé évolue

Dans mon accompagnement des familles en Île-de-France, je constate une chose récurrente : la plupart des proches aidants arrivent à cette étape sans comprendre ce qui va se passer. Ils confondent AGGIR, GIR, APA. C’est normal. Ces acronymes sont indigestes.

Pourtant, tout s’éclaire une fois qu’on saisit la logique. Voyons ça ensemble.

La grille AGGIR : l’outil officiel pour mesurer l’autonomie

La grille AGGIR n’est pas un questionnaire médical classique. C’est un outil d’observation. L’évaluateur regarde comment votre proche se débrouille dans sa vie quotidienne. Peut-il se lever seul ? Se laver ? S’habiller ? Se repérer dans le temps ?

D’après le portail officiel pour les personnes âgées, cette grille comporte 17 variables au total. Mais attention : seulement 10 d’entre elles comptent vraiment pour le calcul du GIR. Ce sont les variables discriminantes. Les 7 autres servent à construire le plan d’aide, pas à déterminer le niveau de dépendance.

Les 10 variables discriminantes de la grille AGGIR : Cohérence, Orientation, Toilette, Habillage, Alimentation, Élimination, Transferts (se lever, se coucher), Déplacements intérieurs, Déplacements extérieurs, Communication à distance. Chacune est cotée A (fait seul), B (fait partiellement) ou C (ne fait pas seul).

Franchement, ce que les textes officiels ne disent pas, c’est à quel point l’interprétation varie. J’ai vu des évaluateurs très stricts sur la toilette et d’autres plus souples. La cotation A, B ou C laisse une marge d’appréciation. C’est pour ça que votre présence lors de la visite change tout.

L’évaluation observe les gestes de la vie courante



Au-delà de l’évaluation GIR, d’autres dispositifs peuvent compléter la prise en charge. Si vous cherchez une vue d’ensemble, consultez les différentes aides pour la perte d’autonomie disponibles selon votre situation.

Les 6 niveaux de GIR : où se situe votre proche ?

Le GIR, c’est le résultat de l’évaluation AGGIR. Un chiffre de 1 à 6. Plus le chiffre est bas, plus la dépendance est lourde. Selon la fiche Service-Public.fr sur les GIR et l’APA, seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’allocation personnalisée d’autonomie.

Concrètement, voici ce que chaque niveau signifie dans le quotidien. Ce récapitulatif vous permet de situer approximativement votre proche avant même la visite officielle.

Données récapitulatives basées sur les définitions officielles et mises à jour en janvier 2026.

GIR 1 à 6 : quel niveau correspond à votre proche ?
Niveau GIR Situation au quotidien Type d’aide nécessaire Éligibilité APA
GIR 1 Confiné au lit ou au fauteuil, fonctions mentales très altérées Présence continue indispensable Oui
GIR 2 Se déplace mais fonctions mentales altérées OU alité mais lucide Aide pour la plupart des actes quotidiens Oui
GIR 3 Autonomie mentale conservée, mais besoin d’aide quotidienne pour le corps Aide plusieurs fois par jour Oui
GIR 4 Se déplace seul à l’intérieur, a besoin d’aide pour toilette et habillage Aide ponctuelle ciblée Oui
GIR 5 Quasi autonome, besoin ponctuel pour le ménage ou les courses Aide ménagère occasionnelle Non (autres aides possibles)
GIR 6 Autonome pour tous les actes essentiels de la vie Aucune aide spécifique requise Non

Les données de la DREES montrent une répartition parlante : parmi les bénéficiaires de l’APA à domicile, 58 % sont en GIR 4, 22 % en GIR 3, 18 % en GIR 2, et seulement 2 % en GIR 1. La majorité des personnes aidées conservent donc une autonomie partielle.

832 000 bénéficiaires

Nombre de personnes percevant l’APA à domicile fin 2024

Soyons clairs : pour les GIR 1 et 2, le maintien à domicile devient souvent très difficile sans aide intensive. Certaines familles envisagent alors l’entrée en établissement. Si vous explorez cette piste dans les Hauts-de-Seine, vous pouvez consulter une liste des EHPAD et maisons de retraite à Suresnes pour avoir une idée des options locales.

Comment se déroule concrètement la visite d’évaluation ?

L’équipe médico-sociale du conseil départemental prend rendez-vous à domicile. En général, c’est un médecin ou une infirmière accompagné d’un travailleur social. La visite dure entre 45 minutes et 1h30 selon les situations.

La visite d’évaluation se déroule dans l’environnement habituel de la personne



L’erreur la plus fréquente que je rencontre ? Le proche fait bonne figure. Je me souviens d’une dame que j’ai accompagnée l’année dernière. Son cas m’a marqué.

Le cas de Mme Duval : une réévaluation réussie

J’ai accompagné Mme Duval, 78 ans, ancienne institutrice, avec sa fille Sylvie. Premier GIR évalué à 5. L’aide était quasi nulle. Pourtant, Sylvie me décrivait des chutes fréquentes, des oublis de repas, une hygiène qui se dégradait.

Que s’était-il passé ? Le jour de la visite, Mme Duval s’était coiffée, maquillée, avait préparé du thé. Elle avait répondu aux questions avec une vivacité inhabituelle. Par fierté. Par pudeur aussi.

Trois mois plus tard, nous avons demandé une réévaluation. Cette fois, Sylvie a préparé des photos du quotidien, un carnet où elle notait les incidents depuis deux mois. Résultat : GIR 4. L’APA a été attribuée.

Dans mon activité d’accompagnement en Île-de-France, je constate régulièrement que les personnes âgées minimisent leurs difficultés devant l’évaluateur. Ce comportement est compréhensible. Mais il peut mener à une sous-évaluation du GIR. Ce constat est limité à mon périmètre et peut varier selon le département et la sensibilité de l’équipe médico-sociale.

Préparer la visite d’évaluation : votre check-list


  • Rassemblez les ordonnances et compte-rendus médicaux récents

  • Notez les difficultés observées au quotidien depuis 2-3 semaines

  • Photographiez les situations problématiques (chutes, oublis de repas)

  • Soyez présent lors de la visite pour compléter les réponses

  • Ne rangez pas excessivement le domicile (montrez la réalité)

Un détail que les familles ignorent souvent : l’évaluateur observe aussi l’environnement. Un logement impeccable peut donner l’impression que tout va bien. Un réfrigérateur vide ou des médicaments en désordre parlent davantage.

Pour aller plus loin sur l’accompagnement administratif et juridique des personnes âgées, le site dédié aux droits et accompagnement des seniors propose des ressources complémentaires.


  • Dépôt du dossier APA au conseil départemental

  • Prise de contact pour fixer le rendez-vous d’évaluation

  • Visite à domicile de l’équipe médico-sociale

  • Notification de la décision GIR et du plan d’aide

Ces délais sont indicatifs. Dans les dossiers que je vois passer, ça tourne plutôt autour de 2 mois en ce moment dans les départements franciliens. Mais ça peut être plus rapide en zone rurale.

Vos questions sur l’évaluation de l’autonomie

Peut-on contester le GIR attribué ?

Oui. Si vous estimez que l’évaluation ne reflète pas la réalité, vous pouvez demander une réévaluation auprès de l’équipe médico-sociale qui a procédé à l’évaluation initiale. C’est un recours gracieux. Si le désaccord persiste, un recours contentieux devant le tribunal administratif est possible, mais c’est rare d’en arriver là.

Combien de temps dure la visite d’évaluation ?

Comptez entre 45 minutes et 1h30 selon la complexité de la situation. L’évaluateur prend le temps d’observer, de poser des questions, et parfois de discuter avec les proches présents. Ne prévoyez pas d’autre rendez-vous juste après.

Faut-il être présent lors de l’évaluation de mon proche ?

Ce n’est pas obligatoire, mais c’est fortement recommandé. Votre témoignage sur le quotidien apporte un éclairage que votre proche ne donnera pas toujours, surtout s’il tend à minimiser ses difficultés par pudeur.

À quelle fréquence le GIR peut-il être réévalué ?

Une réévaluation peut être demandée à tout moment si l’état de santé évolue. En pratique, le département peut aussi la déclencher lors du renouvellement du plan d’aide. Si votre proche chute davantage ou que son état cognitif se dégrade, n’attendez pas : signalez-le.

Quelle différence entre évaluation à domicile et en EHPAD ?

À domicile, c’est l’équipe médico-sociale du département qui évalue. En EHPAD, c’est le médecin coordonnateur de l’établissement. Le principe reste le même (grille AGGIR), mais le contexte change : en établissement, l’évaluation sert aussi à calculer le tarif dépendance que vous payez.

Pour les personnes en GIR 5 ou 6 qui souhaitent sécuriser leur maintien à domicile, des solutions complémentaires existent. La téléassistance contre l’isolement permet par exemple d’alerter rapidement en cas de chute, sans dépendre de l’APA.

Ce qu’il faut retenir avant la visite

L’évaluation de l’autonomie n’est pas un examen qu’on réussit ou qu’on rate. C’est une photographie de la situation de votre proche, prise à un instant T. Votre rôle, c’est de vous assurer que cette photo soit fidèle à la réalité quotidienne.

Votre plan d’action immédiat


  • Téléchargez le dossier APA sur le site de votre conseil départemental

  • Commencez à noter les difficultés de votre proche dès aujourd’hui

  • Prenez contact avec le CLIC de votre secteur pour un premier conseil gratuit

Une question reste souvent sans réponse après cette lecture : votre proche acceptera-t-il cette évaluation ? C’est peut-être le vrai défi. Abordez le sujet avec délicatesse, en parlant d’aide concrète plutôt que de dépendance.

Précisions sur l’évaluation de l’autonomie

  • Ce contenu ne remplace pas l’avis de l’équipe médico-sociale de votre département
  • Les critères et modalités d’évaluation peuvent varier légèrement selon les départements
  • Chaque situation personnelle nécessite une évaluation individuelle sur place

Pour un accompagnement personnalisé, contactez l’équipe médico-sociale du conseil départemental ou le CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) de votre secteur.

Rédigé par Hélène Moreau, conseillère en gérontologie exerçant en structure d'accompagnement seniors depuis 2017. Elle a guidé plus de 200 familles dans leurs démarches liées à la perte d'autonomie, de l'évaluation GIR à l'entrée en établissement. Son expertise porte sur le parcours administratif APA, la préparation aux évaluations médico-sociales et l'orientation vers les solutions adaptées. Elle intervient régulièrement auprès d'associations d'aidants familiaux.